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textes

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cri étouffé

la vie d’ma mère s’est arrêtée là, là juste à l’endroit d’où je te parle pas ici ou là mais juste à ce point là et ce jour là pas un autre jour un lundi ou un mardi, non non, ce jour là et pas un autre et pas à n’importe quelle heure non plus à ce moment là pas une minute avant ou après juste à ce moment là à la seconde prés juste ce jour là à cet endroit là d’où je te parle. Elle s’est arrêtée là la vie d’ma mère. Ca aurait pu être ailleurs, en Italie ou à la Bourboule dans l’ascenseur entre deux étages ou dans sa voiture, ou celle d’un autre, au theatre ou au rayon surgelés du Miniprix, non non elle est tombée là à cet endroit là, là précisément, ici, juste là, à l’endroit même d’où je te parle, tombée comme ça là sans même se douter que ce serait ce moment là précisément.

Pas une minute avant ou après.

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texte illustré à l’attention de charles pennequin

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Tu parles Charles! -mais le silence, celui qui est là- intrinsèquement présent -emplissant- t’en causes toi? Faudrait voir, même toucher si c’est possible, tâter en quelque sorte un peu pour voir si ça existe vraiment la parole silencieuse qui a du mal à se dire -la muette- la grande muette -la taisante comme tu dis-

AVEC DES MOTS?

C’est pas une déclaration de guerre Charles. C’est juste que toi tu saisCAUSER, à moi, alors je réponds de ce que tu me parles; je voudrais juste que tu me dises si parler, verbaliser, ça vaut la peine -la peine, j’en suis sûre mais pas celle là- je veux dire la peine, la raison, le travail, la sueur -celle qui après te donnes la satisfaction d’une fatigue justifiée-

MAIS EST CE QUE CA EN VAUT VRAIMENT LA PEINE, DIS???????????? Est ce que on se sent mieux après? Tu peux me le dire Charles, est ce que tu te sens mieux après quand t’as dé/gueuler? Allez parles Charles!

Je sais pas pour toi, mais putain, les mots que tu peux sortir! C’est pas que j’les ai jamais entendus, mais jamais comme ça, dans cet ORDRE LA AVEC CE TON LA.

Ca fait tout, ça dit tout. TOUT CE QUE JE VOULAIS ENTENDRE A HAUTE VOIX. Ca change le goût du pain, ça justifie de se lever le matin, inlassablement. Ca donnes juste la conscience d’être LA ICI ET MAINTENANT.

Sentir ça très très clairement

On gèle

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petit exercice, alternance d’une voyelle et d’une consonne. ludique!

rime ou prose?

un ami me dit: une rime dérape sur un savon et écume de rage! devenue timide, la rime hésite, se débat -ébahie-. mon ami raméne le démon à la tête du stylo, helas! le rêve n’opére pas! oh lucide vérité, la rime rate le sujet, une prose, non.

Avant les mots

2004 – 13’02

réalisation: Martin Spinelli, pour la série ’13 minutes of Heaven’ de Sarah Washington sur Resonance fm

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« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.

C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »

Gustave Flaubert, lettre à G. Sand, 12 juin 1867 (Correspondance, éd. de la Pléiade tome 5, pp. 653-654)

toujours d’actualité non?

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En souffle court sur la pointe du dit amant, les cheveux en taille douce s’amusent à effacer ton visage, en courtes angoisses, juste assez pour me faire saisir la jauge du désespoir du sanstoi. Ne pas se retourner. Mais comment faire quand le tourbillon interne me pousse irresistiblement vers toi? Mes yeux ou plutôt la pointe de mes yeux traverse mon crâne en crevant les sacs de ma pensée remplis de toi. Elle perce l’os d’un sifflement strident. Ne pas se retourner. Nul besoin Je suis retourné. Retourné à la genèse de l’entre deux, avant le sens, avant la lumière, dans le brouillon de moi, incomplet.
La nuit fait place au jour et j’avance en aveugle. Plus d’évidence, le sol si sur que je foulais avec toi se dérobe à mes pieds ou sont-ce mes jambes qui chancellent sous le poids de mon corps devenu lourd?
J’essaie désespérément de vider le vide, je coule, j’ouvre à gros sanglots les écoutilles devant l’assaut des vagues incessantes du déjà souvenir. Vider, vider le vide
Sisyphe tu ne connais pas ta chance!

À petits pas glissés tu déplaces sans bruit ce qui n’est déjà plus que promesse de départ. Tes gestes ralentis imposent au temps un arrêt, juste ce qu’il faut pour ne pas brusquer, juste ce qu’il faut pour se faire à l’idée. Ton corps désolé de causer tant de peine

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